La Tribune chiffre à 500 milliards d'euros l'exposition du parc immobilier français au retrait-gonflement des argiles, ce phénomène qui fissure les maisons individuelles au rythme des sécheresses. Pour les investisseurs, ce n'est plus un aléa marginal mais un risque systémique qui redessine la valeur des actifs, la couverture assurantielle et les arbitrages patrimoniaux. Voici ce qui change concrètement, et la feuille de route à tenir.

Un risque climatique devenu risque patrimonial

Le chiffre avancé par La Tribune, 500 milliards d'euros d'exposition liée aux maisons fissurées par le retrait-gonflement des argiles, n'est pas un chiffre d'alerte médiatique. Il correspond à la valeur du bâti potentiellement concerné par ce phénomène géotechnique bien identifié : les sols argileux gonflent en période humide, se rétractent en période de sécheresse, et fissurent les fondations des constructions individuelles insuffisamment ancrées. Le dérèglement climatique amplifie l'amplitude de ces cycles, donc la fréquence et la gravité des sinistres.

Pour l'investisseur, la lecture est directe. Un actif situé en zone d'exposition forte n'a plus le même profil de risque qu'il y a dix ans. Ce n'est plus une probabilité résiduelle, c'est une composante structurelle du rendement à long terme, au même titre que la vacance locative ou la fiscalité.

Ce que change réellement l'exposition aux argiles

Une décote qui s'installe sur les zones sensibles

Les cartes d'exposition publiées par le BRGM classent une part majeure du territoire français en aléa moyen à fort. Les acquéreurs, mieux informés, intègrent désormais ce paramètre dans leurs négociations. Sur les zones les plus exposées, notamment dans le Sud-Ouest, en Île-de-France périurbaine et dans une large moitié nord, la décote à la revente d'un bien fissuré peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros une fois le sinistre déclaré, même après réparation.

L'investisseur qui détient déjà un actif concerné doit anticiper cette réalité. Celui qui achète doit intégrer le diagnostic géotechnique préalable, l'étude de sol G1 puis G2 selon la norme NF P 94-500, dans son coût d'acquisition et dans sa grille de négociation.

Une couverture assurantielle sous tension

Le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles couvre en principe les sinistres liés au retrait-gonflement des argiles, à condition qu'un arrêté interministériel reconnaisse l'état de catastrophe naturelle sur la commune concernée. Ce point est central : sans arrêté, pas d'indemnisation via ce canal. Or les critères de reconnaissance ont été durcis, ce qui exclut une partie des dossiers pourtant réels.

Parallèlement, la surprime CatNat appliquée sur les contrats multirisques habitation a été relevée. Les assureurs, confrontés à une sinistralité exponentielle, ajustent leurs conditions : franchises revues à la hausse, exclusions élargies, refus de couverture sur certains profils de biens. Pour un propriétaire bailleur, cela signifie des primes plus lourdes et une garantie moins certaine qu'elle ne le paraît sur le papier.

Un coût de réparation qui explose

Réparer une maison fissurée par le retrait-gonflement suppose souvent une reprise en sous-œuvre, par micropieux ou par injection de résine expansive, dont le coût s'établit couramment entre 30 000 et 150 000 euros selon l'ampleur du désordre et l'accessibilité du chantier. Sur un bien acquis 250 000 euros, l'équation patrimoniale devient rapidement défavorable si le sinistre n'est pas pris en charge.

La feuille de route de l'investisseur averti

Cartographier son portefeuille

Première action : positionner chaque actif détenu sur la carte d'exposition du BRGM, accessible en ligne. Trois niveaux d'aléa sont retenus : faible, moyen, fort. Cette cartographie doit être croisée avec l'âge du bien, le type de fondations et l'historique des sinistres sur la commune, disponible via les arrêtés CatNat consultables sur Géorisques.

Un bien construit avant 1980, en aléa fort, sans étude de sol préalable, est un candidat prioritaire à l'expertise. Un bien récent, aux fondations conformes à la réglementation issue de la loi ELAN, présente un profil bien plus rassurant : depuis 2020, une étude géotechnique est obligatoire pour toute construction neuve en zone à risque.

Réinterroger ses acquisitions

Sur toute nouvelle acquisition en zone exposée, l'étude de sol devient un préalable non négociable, quitte à conditionner l'offre à son résultat. Le coût, quelques milliers d'euros, est dérisoire face au risque. La clause de conditions suspensives peut également porter sur l'absence de fissures évolutives, constatée par un expert bâtiment indépendant.

Sur les biens neufs vendus en VEFA, la garantie décennale couvre en principe les désordres liés aux fondations pendant dix ans après réception. C'est une protection réelle, à condition que le constructeur soit solvable au moment du sinistre, ce qui n'est pas garanti au regard des défaillances actuelles dans le secteur.

Revoir sa couverture assurantielle

Il est temps d'auditer ses contrats multirisques habitation propriétaire non-occupant. Vérifiez le plafond d'indemnisation en cas de sinistre CatNat, le montant de la franchise applicable, et l'existence éventuelle d'exclusions spécifiques au retrait-gonflement. Certains assureurs proposent désormais des garanties complémentaires spécifiques, dont il faut évaluer le rapport coût/protection au cas par cas.

Arbitrer sans précipitation

Faut-il vendre les biens exposés ? La réponse n'est pas binaire. Une maison en zone d'aléa fort mais sans fissures apparentes, correctement drainée, avec une végétation à distance suffisante des fondations, présente un risque gérable. Un bien déjà fissuré, dont la reconnaissance CatNat a été refusée, est un actif à céder tant que le marché local le permet, avant que la décote ne s'installe durablement.

La logique d'arbitrage doit également intégrer la géographie. Certains territoires cumulent les vulnérabilités climatiques : retrait-gonflement, submersion, feux. La diversification patrimoniale, souvent pensée par typologie ou par ville, doit désormais se penser aussi par exposition aux risques naturels.

Ce qu'il faut retenir pour les 24 prochains mois

Trois échéances méritent votre attention. D'abord, l'évolution du régime CatNat, dont le financement est structurellement déséquilibré et fera l'objet d'ajustements réglementaires. Ensuite, l'affinement des cartes d'exposition, susceptibles de reclasser certaines zones et donc de modifier la valeur des biens concernés. Enfin, la position des assureurs, qui pourraient à moyen terme refuser de couvrir certains profils d'actifs, comme cela s'observe déjà sur le littoral exposé à la submersion.

L'investisseur qui aura cartographié, expertisé et, si nécessaire, arbitré son portefeuille dans les mois qui viennent aura pris une longueur d'avance décisive. Ceux qui attendront la prochaine sécheresse pour découvrir leur exposition subiront à la fois la décote, la franchise et l'incertitude assurantielle. Le sujet des maisons fissurées n'est plus un fait divers climatique, c'est un paramètre central de gestion patrimoniale.

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Écrit par

Benjamin Meynard
Benjamin Meynard
Fondateur et directeur de la publication de L'Investisseur Immobilier. Investisseur particulier depuis 20 ans, il décrypte le marché avec l'œil de celui qui a appris sur le terrain, en dehors des circuits professionnels.
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